Fusillé pour l’exemple : justes contre l’injustice

Nouvelle République du 20/02/2018

Trois ans d’efforts pour créer la pièce “ Emmanuel P. fusillé pour l’exemple ”. Et, au bout, un triomphe mérité ce week-end à Ligueil. Ce n’est que le début.

Une salle entière, debout. Emportée par l’ambition et l’humanité d’une pièce de théâtre décidément pas comme les autres. « Emmanuel P. fusillé pour l’exemple » a connu ce week-end à Ligueil un succès à la hauteur du travail de titan conduit depuis 2015 par son auteur Bernard Briais et sa metteure en scène, Pascale Sueur. Ils ont dû soulever des montagnes pour réunir les fonds nécessaires à sa création (*). Tout en parvenant à rester mobilisés sur l’Everest artistique de cette œuvre basée sur un fait réel et retraçant le procès d’un jeune soldat de la guerre de 1914 injustement condamné.

Un destin national ?

L’Everest est gravi et bien gravi. Le spectacle affichait complet, samedi soir au foyer rural de Ligueil. Les yeux brillants, chavirés par l’émotion, de nombreux spectateurs en disaient aussi long que la standing ovation finale. La mise en scène sobre et pleine de sensibilité, le caractère implacable d’un conseil de guerre dont la funeste conclusion est d’avance écrite, les comédiens investis du message de la pièce qui les dépasse et les habite à la fois… Tout concourt à faire d’« Emmanuel P. » un grand moment d’art et de mémoire.


Désormais, la pièce, qui a le label national de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale, a la vie devant elle. Déjà, on la demande dans d’autres villes du Lochois, mais aussi dans le nord de la France. Un destin national pourrait même l’attendre. Avec, plus que jamais, la volonté d’obtenir la réhabilitation du poilu Emmanuel Pairault, fauché à 23 ans par la guerre et son cortège d’injustices.

••• Moments de grâce
Avoir installé le président du tribunal, joué par Denis Cherer, au milieu du public est une idée géniale : elle fait de chaque spectateur un juré du procès militaire qui décidera du sort d’Emmanuel Pairault. Honneur au seul comédien lochois de la pièce. Non parce qu’il est Lochois : parce que sa performance est superbe et d’autant plus forte qu’il… n’est pas comédien mais guitariste. Yann Beaujouan campe avec beaucoup de justesse un poilu que l’injustice du sort fait à Pairault et les absurdités de la guerre révulsent. François Chaix cloue littéralement le spectateur sur place dans son interprétation d’un commissaire du gouvernement faisant passer sans le moindre état d’âme la raison d’État avant tout. Incarnant Pairault, Tom Le Squer, d’abord abasourdi par le sort qui lui est fait, est magnifique lorsque le piège se referme définitivement sur lui.

Réalisation : TIC'Clic by François Poidevin   

D'après une création graphique originale de Marcus Bell

Crédits photos "Le Rêve à l'Envers", Stéphane Desiré, Marie Tardiveau

Illustrations, Topaz

© novembre 2017 | Cie Le Rêve à l'Envers

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