“ Et si c’était moi qui devais tout laisser pour la guerre ? ”

Nouvelle République du 02/01/2018

La metteure en scène Pascale Sueur et le comédien Tom Le Squer en plein travail sur la pièce, la semaine dernière, à Loches. 

Tom Le Squera incarnera un soldat fusillé pour l’exemple en 1915 dans une pièce en train de voir le jour. Entretien avec un comédien habité par son rôle.

Comment se met-on dans la peau d’un soldat de 1914-1918 qui se sait condamné ? C’est la tâche délicate qui revient au comédien Tom Le Squer. En février, il incarnera un Poilu – Emmanuel Pairault – qui fut réellement fusillé pour l’exemple en 1915 à l’âge de 23 ans, dans la pièce de théâtre, « Emmanuel P., fusillé pour l’exemple », conçue par l’historien lochois Bernard Briais et la metteure en scène Pascale Sueur. Ce rôle transfigure peu à peu Tom Le Squer, à tel point qu’on ne sait plus s’il habite son personnage ou si c’est son personnage qui l’habite. Interview.

Comment abordez-vous ce rôle fort ?

« Depuis deux mois, je travaille sur ce que c’était que d’être dans les tranchées, sur ce que les soldats enduraient. Vraiment le côté humain. J’ai lu “ Le Feu ”, d’Henri Barbusse, et “ Les Croix de bois ”, de Roland Dorgelès pour entendre la voix, le témoignage des Poilus. Je suis allé à Verdun, un peu comme un pèlerinage.
« J’avais besoin de voir les uniformes, de voir ce que les gars portaient sur le dos. Je voudrais d’ailleurs y retourner avec les autres comédiens. Je fais aussi beaucoup de recherches documentaires sur la Première Guerre mondiale pour pouvoir ensuite m’en libérer et me tourner vers ce côté humain. Et si c’était moi qui, à 23 ans, devais tout laisser pour partir à la guerre, comment je réagirais ? J’en suis là. »

Quels sont les thèmes qui traversent votre rôle ?

« Actuellement, je travaille sur les notions de combattant, d’injustice, de devoir [Quand le véritable Emmanuel Pairault est mort, il a crié : “ NDLR : Visez juste. Vive la France ! ”]. Mais cela va encore évoluer d’ici la première représentation. Tant mieux, car je ne veux rien figer. 
« Il y aura aussi la confrontation avec les univers que se seront construits les autres comédiens. Une chose me revient en permanence : ce devoir de mémoire envers Pairault. J’ai du mal à me dire que je vais jouer. Je ne joue pas dans cette pièce-là. Je vais me faire l’interprète de Pairault. »

Plus généralement, comment vous imprégnez-vous d’un personnage ?

« Quand je le travaille, j’y pense tous les jours. Du matin au soir. En mangeant, en marchant, en regardant les gens. Je me pose tout le temps des questions. Et, surtout, pour Pairault, cette question : qu’est-ce que c’est que de savoir que l’on va mourir le lendemain ? »

Réalisation : TIC'Clic by François Poidevin   

D'après une création graphique originale de Marcus Bell

Crédits photos "Le Rêve à l'Envers", Stéphane Desiré, Marie Tardiveau

Illustrations, Topaz

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