Fusillé pour l'exemple mis en scène pour l'Histoire

Nouvelle République du 11/11/2015

Bernard Briais et Pascale Sueur ont associé leurs compétences et leurs talents pour faire de cette histoire tragique et symbolique, une pièce de théâtre. 

L’historien Bernard Briais et l’artiste Pascale Sueur ont créé une pièce de théâtre à partir de l’histoire vraie d’un Poilu condamné à mort. Un pan à part entière de la première guerre mondiale.

Le dossier se trouvait dans le grenier d'une maison de Tours. Comme une mémoire qui n'attendait que d'être réveillée et blanchie. A l'intérieur, la demande de réhabilitation du soldat Emmanuel Pairault, fusillé pour l'exemple le 9 octobre 1915 à l'âge de 23 ans. Ainsi que les témoignages écrits de plusieurs de ses frères d'armes, particulièrement éclairants. Malgré cela, et l'aide de la Ligue des droits de l'homme, jamais la famille du Poilu n'obtiendra la révision de son procès après la première guerre mondiale.

Parfois, l'Histoire emprunte des chemins longs et tortueux pour remonter à la surface et trouver la lumière. Ces documents sont finalement parvenus au Lochois Bernard Briais, professeur d'histoire à la retraite. Un de ses amis les lui a récemment confiés, après avoir acquis la maison et découvert ce trésor inestimable puisqu'il a la valeur d'une vie humaine broyée au cœur d'un conflit dont on commémore le centenaire jusqu'en 2018.
Bernard Briais a compulsé les archives du ministère de la Défense, retrouvant notamment les minutes du jugement du conseil de guerre qui a rapidement abouti à une condamnation à mort. Puis le Lochois a pris sa plume pour faire de cette matière humaine, de cette histoire tragique et symbolique, une pièce de théâtre. « J'ai été touché et révolté par le cas d'Emmanuel Pairault, raconte Bernard Briais. C'est à la fois un coup de cœur et un coup de colère. »Car tout, dans ce dossier, suinte le règlement de comptes émanant d'un supérieur en conflit personnel avec celui qui sera fusillé.

" C'est à la fois un coup de cœur et un coup de colère "

Pourtant rodé à l'écriture, Bernard Briais avoue avoir souffert. Il a d'ailleurs fait relire son manuscrit par plusieurs personnes pour aplanir ses doutes. Quand elle l'a lu, la metteur en scène lochoise Pascale Sueur n'en a eu aucun. « Tout de suite, ça a été comme un uppercut, commente-t-elle. Un vrai choc. On a un sentiment d'injustice terrible face à la réalité d'un homme qui va être exécuté sans raison valable. »Elle a immédiatement vu la mise en scène, très épurée, qu'elle allait proposer. Et n'a rien changé au texte qui mêle la véritable retranscription de l'interrogatoire d'Emmanuel Pairault à des éléments plus romancés.
La pièce s'appelle « Emmanuel P. Fusillé pour l'exemple ». Si tout se passe bien, une demi-douzaine de comédiens, tous professionnels, la joueront à l'espace Agnès-Sorel à l'automne 2016. L'année des 100 ans de Verdun.

à savoir

> Côté artistique, tout est sur les rails. Il faut désormais boucler le budget. Pascale Sueur et Bernard Briais ont frappé à la porte des collectivités. Ils ont senti la Ville de Loches très réceptive. Et sollicité le député, la Région ou encore le Département. Ils ont également écrit à la Ligue des droits de l'Homme qui s'était associée, dans les années 1920, à la demande de révision du procès d'Emmanuel Pairault. Pascale Sueur et Bernard Briais se donnent jusqu'au mois de mars 2016 pour rassembler les fonds nécessaires.
> Mais aussi… En plus et autour de la représentation théâtrale, Pascale Sueur et Bernard Briais imaginent également une exposition, notamment de lettres de Poilus, pourquoi des conférences…

Ne pas trahir

Bernard Briais le dit lui-même. Écrire cette histoire vraie d'un Poilu fusillé pour l'exemple lui a demandé de puiser au plus profond de ses ressources. Car redonner vie à un homme si jeune confronté à l'injustice des conseils de guerre de 14-18, fait vibrer bien des cordes de l'âme humaine. Il fallait être à la hauteur de ce déchirant destin. Ne pas trahir. L'autre défi, c'est de mettre sur la table un sujet difficile, qui sort peu à peu de l'ombre. Dans certains cercles militaires, la polémique n'est pas close. En 2017, cent ans auront passé depuis les mutineries des soldats désespérés par une guerre alors sans issue visible. Et si on regardait enfin notre Histoire en face ?


 

Pierre Calmeilles

Réalisation : TIC'Clic by François Poidevin   

D'après une création graphique originale de Marcus Bell

Crédits photos "Le Rêve à l'Envers", Stéphane Desiré, Marie Tardiveau

Illustrations, Topaz

© novembre 2017 | Cie Le Rêve à l'Envers

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