Fusillé pour l’exemple : une première historique

Nouvelle République du 17/02/2018

La lettre la plus ancienne. Sans doute la plus poignante, aussi.

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L’historien Bernard Briais, auteur de la pièce, devant les documents historiques : « Je crois que ce dossier-là, il m’attendait ».

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Hier, les collégiens de Ligueil ont assisté à la première représentation d’« Emmanuel P., fusillé pour l’exemple ». Leur écoute fut à la hauteur du sujet et de la pièce, toute en humanité, écrite par l’historien Bernard Briais et mise en scène par Pascale Sueur.

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La lettre la plus ancienne. Sans doute la plus poignante, aussi.

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Ce samedi, c’est la première de la pièce sur un poilu fusillé pour l’exemple. Une histoire vraie, basée en partie sur des lettres de poilus que la NR a consultées.

Ce dossier – la vie d’un homme, en fait, fauchée par l’une des nombreuses absurdités de la guerre – attendait qu’on le remarque dans le grenier d’une maison de Tours. Cette vie sacrifiée, que ressuscite une quinzaine de vieilles lettres manuscrites, c’est celle du soldat Emmanuel Pairault fusillé à l’âge de 23 ans, le 9 octobre 1915, dans le Pas-de-Calais. 
Cette maison, c’était celle de son frère aîné, avant d’être rachetée par un ami de Bernard Briais. C’est ainsi que l’historien lochois croisa, il y a plusieurs décennies déjà, le sort tragique d’un poilu. Le destin d’un jeune homme injustement condamné à mort pour « abandon de poste en présence de l’ennemi » qui lui inspirera la pièce jouée ce week-end à Ligueil.
Car toutes les lettres le disent : Emmanuel Pairault n’aurait pas dû mourir. Écrites par ses compagnons de combat, elles retracent la manière dont il a été victime de la vengeance d’un supérieur. La plus ancienne, sans doute la plus poignante, est la seule qui a été écrite pendant la guerre. 
C’est un soldat qui l’envoie depuis le front à la sœur de Pairault, deux mois après son exécution : « Il existe deux grands lâches sur la mort d’Emmanuel : le lieutenant et le major. Mais surtout ne dites rien car le même sort nous attend tous si on dit un mot. »

“ Droit au cœur ! ”

Le jugement d’Emmanuel Pairault était joué d’avance. L’ensemble des témoignages, collectés pour les trois demandes de réhabilitation qui échoueront toutes dans les années 20 et 30, va dans le même sens. « La chance que j’ai eue, explique Bernard Briais, c’est d’avoir deux versions du même événement : l’officielle, celle des archives militaires et celle de ses camarades de combat. »
Cette seconde version raconte une tout autre histoire. En témoigne le récit du conseil de guerre fait en 1933 par l’un de ses frères d’armes : « Nous avons eu l’un et l’autre une impression très nette : on nous questionnait et nous n’avions qu’à répondre amen. Sa tête était demandée par un gradé […] et c’est tout ce qui comptait. »
Emmanuel Pairault est mort sans trembler, atteste un ancien sergent en 1928 : « Au moment d’être fusillé, il n’a jamais voulu avoir les yeux bandés, disant : “ La mort ne m’a jamais effrayé, je veux la voir en face. Camarades, visez droit au cœur ! ” ». 
Il revit, grâce à la pièce écrite par Bernard Briais et mise en scène par Pascale Sueur. D’ailleurs, ce 17 février, jour de la première de la pièce, est aussi celui de la naissance d’Emmanuel Pairault. Une résurrection en forme, enfin, de réhabilitation.